STOP 7 – Le travail, la société et les passages piétons kiwis

Bon la météo et le boulot aidant, je n'ai pas beaucoup bougé. J'ai quand même pu vous montrer un aperçu de mes balades sur Facebook ou Instagram. Cela fait un tout petit moment que je suis arrivée, j'avais envie de raconter ma petite vie chez les Kiwis et mes découvertes sur cette société parfois un peu "surestimée".

Le travail

Alors, il va sans dire qu'arriver dans un pays étranger avec un travail déjà trouvé ça facilite la vie! Une toute jeune entreprise (2 ans d'existence) dirigée par 2 frères qui ont décidé de vendre des luminaires, voilà où je travaille. Nous sommes 3 commerciaux (Gray, Amy et Kathryn), 1 responsable développement produit (Max), 1 responsable logistique (Gareth) et 2 designers (Joe et moi-même). Le fonctionnement est plutôt simple :

  • Les commerciaux vont frapper aux portes des architectes, électriciens, et autres, pour leur présenter les produits de l'entreprise.
  • Quand un de ceux cités plus haut a un projet à réaliser, c'est là que Joe et moi intervenons pour définir les appareils à utiliser, où les placer et répondre aux demandes parfois extravagantes de certains clients.
  • Dès que les plans et spécifications sont faits, les designers et/ou les commerciaux chiffrent le projet et envoient la facture au client.
  • Une fois la facture validée, c'est le responsable logistique qui gère la livraison des produits.

Nous sommes donc 7 dans un open-space autant vous dire que ce n'est pas souvent calme. Si faire mon travail ne me pose pas de problèmes, j'ai parfois du mal à supporter d'être tout le temps entourée de monde et/ou de bruit. Il ne faut pas oublier le fait que cela fait environ 1 an et demi que je n'ai pas eu de collègues à proprement parler... alors des fois ce n'est vraiment pas évident.

Ce qui change de mon travail en France

  1. Le monde de l'éclairage est bien différent de celui dont j'ai l'habitude en Europe (ou même aux États-Unis)! On se croirait parfois dans les années 90 aux vues des technologies parfois utilisées et à la façon dont les clients cherchent à tout prix le moins cher même au détriment de la qualité.
  2. Je fais des projets monomarques, je dois spécifier les appareils vendus par mon entreprise donc un choix parfois restreint.
  3. Être payée à la semaine ça change la vie : les galères de fin de mois sont plus facilement évitables ! Je gagne plus d'argent qu'en France vu que les taxes et les impôts sont moins importants.

Les Kiwis et leur société

Travailler avec 6 Kiwis (et surtout avec Gareth) ça permet d'en apprendre pas mal sur la société néo-zélandaise! Et surtout d'en apprendre beaucoup sur ses travers. L'image du pays est celle d'un pays plutôt écolo peuplé de gens ouverts d'esprits et accueillants, un pays avec des paysages de rêve, un pays où la qualité de vie est très bonne. Voilà ce que mes rencontres et discussions avec les Kiwis ont donné :

Climat électoral

Depuis le début du mois de septembre, le peuple néo-zélandais et tous ceux habilités peuvent voter pour élire les membres de leur parlement. Le 23 septembre est le jour officiel du vote (en réalité c'est surtout le dernier jour pour voter)! Pour résumer le paysage politique kiwi, 3 grands partis s'affrontent :

  • National Party : Centre droite. C'est le parti en place à l'heure actuelle. Leur programme économique semble satisfaire une grande partie de la population mais leur représentant et Premier ministre actuel Mr Bill English est selon certain : un type avec de bonnes idées mais qui devrait éviter de parler en public...
  • Labour Party : la gauche chez les Kiwis. Il y a 2 mois, le parti change de représentant et la dynamique de campagne s'en trouve relancée. Mme Jacinda Arden (leader du parti) a su séduire les électeurs notamment sur le sujet de la crise du logement.
  • Green Party : les verts ! Considéré comme plus à gauche que le Labour Party. Il s'allie souvent à celui-ci lors des votes au parlement.

Le pays sort de 9 ans de gouvernance par le Parti nationaliste et beaucoup de choses restent à faire pour régler les différentes crises qui touchent le pays. Le peuple attend des réponses sur plusieurs problématiques :

  • L'immigration

Sur 4.5 millions d'habitants, 3 millions sont détenteurs du passeport Néo-zélandais. Une grande vague d'immigration s'est abattue sur le pays depuis plusieurs années. En partie voulue par le gouvernement, qui constate un manque cruel d’effectif dans plusieurs secteurs (la construction, l'informatique...). Malheureusement pour nos chers Kiwis la vague migratoire c'est transformée en une invasion chinoise qui n'est pas du goût de beaucoup.

  • Le logement

Avec des hausses de l’ordre de 30% en 5 ans du prix de l'immobilier, l'accès à la propriété est un vrai challenge. Les sans-abri deviennent de plus en plus nombreux.

  • l'écologie

L’agriculture, première industrie du pays, premier pollueur ! L'utilisation des pesticides, la plantation de plants OGM, tout cela est monnaie courante au "pays de l'écologie". S'ensuit un problème de gestion de l'eau que le futur gouvernement va devoir résoudre : les pesticides qui s'infiltrent dans les nappes phréatiques rendront à moyen terme l'eau inutilisable. La pollution des rivières (en général dû au tourisme de masse) est aussi un thème qui inquiète particulièrement les Kiwis.

L'Australie - pompe à fric

Les Kiwis sont gentils c'est un fait ! Peut-être un peu trop en matière d'économie nationale. Je vous le disais dans mon article précédent , il reste peu de banques détenues par la Nouvelle-Zélande. Les banques les plus connues : ANZ, BNZ, ASB, Westpac et j'en passe, sont toutes Australiennes. Il en va de même pour les sociétés d'assurances. Les grandes chaînes de supermarchés sont elles aussi détenues par l'Australie.

Ce voisin un peu encombrant, les Kiwis ne le portent pas particulièrement dans leur cœur. Outre la rivalité au rugby, il se trouve que les citoyens australiens peuvent venir vivre ici en profitant des mêmes droits que les Kiwis. La réciproque n'est malheureusement pas vérifiée. Un Kiwi en Australie paiera des taxes supérieures aux locaux et se verra refuser un grand nombre de droits sous prétexte de ne pas être Australien.

Bref la Nouvelle-Zélande serait-elle une bonne poire? C'est un peu mon sentiment...

Crise du logement sur Auckland

Aïe, aïe, aïe ! Une des conséquences du laxisme gouvernemental néo-zélandais : la flambée des prix de l'immobilier particulièrement à Auckland. J'en parlais plus haut, le logement est un thème prépondérant dans la campagne actuelle. Mais comment en est-on arrivé là ?

Non-encadrement des prix de l'immobilier, ouverture sans restriction du marché immobilier aux investisseurs étrangers, aucune taxe ou impôt foncier, une demande d'apport de 20% du crédit immobilier en cas d'achat ! Un joli cocktail qui permet à tous ceux qui ont acheté il y a une vingtaine d'années d'être millionnaire aujourd'hui. Néanmoins cela empêche la jeune génération accéder à la propriété. Les riches ne partagent pas : 33 000 maisons inoccupées sur Auckland recensées l'année dernière. Un politique a déclaré avoir 5 maisons vides sur Auckland et qu'il ne souhaitait pas les mettre en location car elles perdraient en valeur.... Voilà ça a le mérite d'être dit.


Mais ce n'est pas tout, le style de vie kiwi ajoute aussi des difficultés dans l'affaire. Les appartements très peu pour eux, tout le monde veut une maison avec jardin pour pouvoir faire un barbecue. Une maison, mais pas une maison de 60 m², plutôt entre 150 et 200 m². Alors une flambée des prix, la confiscation du marché par une minorité, le tout associé à des biens de surfaces conséquentes ne peuvent que freiner la primo-accession.

Le deuxième problème, conséquence de cette crise immobilière, est l'expansion de la ville d'Auckland. On ne construit pas en hauteur donc on est obligé de s'étaler d'ouest en est (le nord étant occupé par l'océan). L'étalement a malheureusement ses limites.

Les trucs qui me fatiguent au pays des Kiwis..!!

Forcément en bonne Française, il faut que je râle un peu. Assez rapidement j'ai découvert dans la vie à Auckland, qui est dans tous les cas fort sympathique, des petites choses qui me chagrinent.

Tout est dans le titre : les passages piétons..

Le Kiwi n'est pas un piéton donc l'alternance des feux de circulation se fait sans prendre en compte les piétons ! Un grand moment de solitude, voilà ce qu'a été ma première rencontre avec un passage piéton kiwi..


Regardez bien ces images. À première vue tout parait normal mais non : le feu piéton n'est pris en compte dans l'alternance des feux que si vous appuyez sur le bouton avec la jolie flèche! Et c'est parti pour une attente d'environ 4 à 5 minutes sur les grandes artères avant de pouvoir traverser. Imaginez-vous donc nouvelle dans la ville en train d'attendre patiemment que le feu piéton passe au vert pendant 10 min sans se douter que jamais il ne sera vert puisque je n'ai pas signalé ma présence...

L'utilisation de la voiture

Auckland, la ville qui a compris qu'il fallait investir dans les transports en commun il y a peu et qui donc construit en ce moment même son métro! Pratique de faire des tunnels sous les tours du Central Business District. C'est un peu comme si on décidait de créer les tunnels du RER A sous la Défense alors que les tours sont déjà construites. Du fait d'un réseau de transport urbain peu développé et de l'étalement de la ville (dont j'ai parlé dans le paragraphe sur le logement), la voiture reste le moyen de transport privilégié à Auckland mais aussi dans le reste du pays. Fort heureusement dans ma vie quotidienne je ne me déplace qu'à pied néanmoins je compte m'acheter une voiture pour pouvoir aller plus loin le weekend.

Bref on s'adapte...

Je suis arrivée ici avec la peur que rien ne me corresponde. Peur que l'image que je me faisais du pays, de la ville d'Auckland soit complètement fausse. Alors tout peut encore changé mais pour l'instant ce que je vois est plutôt en accord avec mon idée de départ. C'est vrai qu'il y a pas mal de choses à améliorer mais comme partout dans le monde au final.

A moi de prendre ce que le pays peut m'offrir sans oublier qui je suis : une Française d'origine Camerounaise à la sociabilité digne d'une Japonaise, parlant comme une Américaine  et qui vit au milieu des Kiwis. A ma façon j'essaie de vraiment me sentir citoyenne du monde, parce qu'à défaut d'arriver à me sentir chez moi dans un pays autant me sentir chez moi sur la planète.